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Lever des fonds sans perdre ses droits PI

Checklist et actions prioritaires avant une levée de fonds : audit PI, inventorier droits et contrats, préparer dépôts et documents, surveiller clauses du term

Par Lucas Lefevre 7 min de lecture

Lever des fonds sans perdre ses droits PI
Photo stevepb / Pixabay

Avant une levée de fonds, sécuriser la propriété intellectuelle est une étape opérationnelle. Cette page liste les actions prioritaires, les documents à préparer, les clauses à surveiller et les scénarios fréquents rencontrés en due diligence, pour garder la titularité et la valeur des actifs immatériels.

Pourquoi la propriété intellectuelle compte lors d’une levée de fonds

Lever des fonds sans perdre ses droits PI

Les investisseurs examinent la propriété intellectuelle parce qu’elle structure la valeur et la sécurité juridique d’une entreprise. Les titres tels que brevets et marques, ainsi que la maîtrise du code et du savoir‑faire, servent de preuve d’exclusivité commerciale et peuvent soutenir une stratégie d’internationalisation.

Au-delà de la valeur commerciale, la PI clarifie les risques. Une titularité mal documentée, des contributions externes non cédées ou des licences conflictuelles sont des motifs fréquents d’alerte en due diligence. Ces éléments réduisent la confiance des investisseurs et entraînent souvent des demandes de remédiation ou des mécanismes de garantie.

Enfin, la PI est un sujet opérationnel : elle impose des processus internes (contrats, dépôts, inventaires) et une documentation datée. Une préparation adaptée facilite la négociation du term sheet et la rédaction du pacte d’actionnaires, là où sont traitées les questions de gouvernance, d’information et d’engagements relatifs à la PI.

Avant la levée : checklist prioritaire pour sécuriser vos droits (préparation)

Réaliser un audit PI avant d’entrer en négociation est la première démarche recommandée. L’audit vise à vérifier la titularité des droits, à recenser licences et contributions tierces, et à repérer les lacunes à régulariser. Il permet d’identifier les contrats manquants et d’estimer les actions documentaires nécessaires.

Les documents couramment demandés ou utiles incluent :

  • cessions d’inventions et conventions signées par les prestataires ayant contribué au produit ;
  • contrats de travail ou accords contenant des clauses d’affectation des droits pour les salariés et les fondateurs ;
  • contrats de prestation avec clauses de transfert de droits ou de licence ;
  • accords de confidentialité (NDA) signés lors des premiers échanges commerciaux ou techniques ;
  • inventaire du code source et des composants tiers, avec la licence associée pour chaque composant open source.

Déposer des marques ou brevets pertinents avant la levée peut renforcer la position lors des discussions. Les dépôts offrent une preuve formelle de priorité et facilitent la valorisation. L’usage stratégique des dépôts doit cependant tenir compte du calendrier de l’opération et des priorités commerciales.

La gestion du code et de l’open source nécessite un inventaire précis des composants et des licences. Certaines licences libres imposent des obligations de redistribution ou de licence réciproque ; documenter la provenance du code réduit les risques et permet de proposer des remédiations simples si des incompatibilités sont identifiées.

Documenter la provenance des actifs immatériels — dates, auteurs, contrats, versions — est essentiel. L’absence de pièces justificatives est un des points récurrents signalés lors des audits PI et peut donner lieu à des demandes de garanties ou à des ajustements contractuels par les investisseurs.

Pendant la négociation : clauses à surveiller et à négocier

Les representations & warranties relatives à la PI sont des déclarations centrales. Elles portent sur la titularité, l’absence de litiges connus, la validité des dépôts et l’absence de licences non déclarées. Une fausse déclaration peut entraîner des conséquences contractuelles prévues par le term sheet et le pacte d’actionnaires.

Les investisseurs demandent fréquemment des cessions ou des engagements d’affectation des droits : les fondateurs et les personnes clés peuvent être amenés à céder certains droits à la société. Ces cessions doivent être formalisées par écrit, préciser la portée et la rétroactivité éventuelle, et être limitées dans le temps ou conditionnées, selon les négociations.

Pour sécuriser la transaction, les mécanismes de remédiation suivants sont souvent mis en place : retenues (holdbacks), comptes séquestres (escrow) et clauses d’indemnisation. Il est possible de négocier leur périmètre et leur durée afin de limiter l’impact immédiat sur la trésorerie ou la gouvernance de la cible.

Les droits post‑investissement peuvent inclure des restrictions sur la cession d’actifs stratégiques et des droits d’information accrus. Il est utile d’anticiper ces mécanismes et d’identifier les limites acceptables pour la société, notamment en matière de gouvernance et de protection du savoir‑faire.

Enfin, les clauses d’IP assignment des fondateurs et des key employees doivent être articulées avec des mécanismes de vesting et des règles de départ (leaver) pour protéger à la fois la société et les intérêts raisonnables des fondateurs.

Cas particuliers — comment agir selon votre situation

MVP développé par un prestataire externe : vérifier l’existence d’une convention de cession des droits signée par le prestataire. À défaut, formaliser une cession en précisant l’étendue des droits transférés et les éventuelles limites d’utilisation. L’audit doit porter sur les livrables, les factures et les clauses contractuelles initiales.

Code open source et dépendances : établir l’inventaire des composants et analyser la compatibilité des licences. Certaines licences imposent des obligations de redistribution qui peuvent contraindre la stratégie commerciale. Des remédiations peuvent prendre la forme de remplacement de composants, d’obtention de licences complémentaires ou d’isolation de modules concernés.

Travaux issus de laboratoires ou d’une collaboration publique : vérifier les conventions de valorisation et les droits confiés à la structure. Les collaborations avec des organismes publics ou universitaires peuvent comporter des règles spécifiques de propriété ou d’exploitation qui doivent être clarifiées et, le cas échéant, renégociées avant la levée.

Contributions antérieures de cofondateurs : formaliser les cessions et mettre en place des accords de collaboration avec vesting. Ces mesures clarifient la répartition des droits et réduisent les risques de contestation portant sur la titularité ou l’exploitation future des actifs immatériels.

Processus pratique recommandé (ordre d’action)

Un ordre d’action opérationnel, fondé sur les pratiques recensées, consiste à prioriser les étapes suivantes : audit PI, régularisation documentaire (cessions, contrats), dépôts ciblés, préparation des documents demandés pour la due diligence. Cette séquence limite les risques de surprises et facilite la négociation du term sheet.

Faire appel à un avocat spécialisé s’impose lorsque la titularité est contestée, lorsqu’il existe des contributions complexes (prestataires multiples, code tiers) ou lorsqu’une internationalisation soulève des questions de territorialité des droits. L’intervention d’un conseil protège les intérêts de la société et permet de négocier des mécanismes contractuels adaptés.

Ce que demandent typiquement les investisseurs (exemples de clauses à connaître)

Parmi les clauses récurrentes figurent :

  • representations & warranties sur la PI ;
  • IP assignment des fondateurs et des salariés ;
  • vesting des droits des fondateurs ;
  • clauses d’indemnisation et mécanismes d’escrow/holdback ;
  • droits d’information et restrictions sur la cession d’actifs stratégiques.

Ces catégories servent des fonctions précises : allocation des risques, incitation à la pérennité, et protection des investisseurs en cas de découverte d’un passif PI après l’investissement. Leur formulation exacte dépend du marché et des négociations entre parties.

Ressources et liens utiles

Pour approfondir, consulter les guides et ressources suivantes : Chambers & Partners (guide Venture Capital France), Bpifrance (guide deeptech et protection de la PI), INPI (solutions de financement de la PI), Legal500 (chapitre Venture Capital France), ainsi que des cabinets spécialisés et des templates accessibles publiquement pour se familiariser avec les clauses cités. Les sources citées ont été consultées le 04/09/2026 et figurent en référence pour navigation directe.

Disclaimer : ceci n’est pas un conseil juridique. Pour des actes, des négociations contractuelles ou des situations factuelles complexes, consulter un avocat spécialisé en propriété intellectuelle et en transactions de capital‑risque.

Questions fréquentes (FAQ)

Dois‑je tout céder à la société ? Réponse courte : pas nécessairement. Les cessions sont fréquentes pour sécuriser l’exploitation commerciale, mais leur portée doit être négociée et assortie de mécanismes (vesting, conditions) adaptés aux fondateurs.

Et si un prestataire refuse de céder ? Réponse courte : il faut documenter l’origine du code et, si possible, négocier une cession ou une licence. En l’absence d’accord, prévoir des remédiations techniques ou juridiques identifiées par l’audit PI.

L’open source bloque‑t‑il la levée ? Réponse courte : pas systématiquement. L’impact dépend des licences utilisées et de leur compatibilité avec le modèle commercial. Un inventaire et une stratégie de remédiation suffisent souvent à lever les objections.

Lucas Lefevre

Journaliste · business, technologie

Lucas couvre les intersections entre le business et la technologie. Il s'assure que ses écrits reposent sur des faits vérifiés et des études de cas pertinentes, afin d'offrir une perspective informée et fiable à ses lecteurs.

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